Sarvangâsana, la chandelle en pleine nature, retour sur une pratique
Avant de créer. Avant de monter sur scène. Juste avant. Lorsque mon esprit est dans cet état fébrile, excité, prêt. Lorsqu’il est disponible, je sens un renversement profond qui se prépare. Je sais que quelque chose va être transformé, renversé.
Cette semaine, j’ai retrouvé le chemin de “Sarvangâsana”. Et j’ai retrouvé ce renversement propre à la création.
Chaque jour, reprendre la posture, creuser le sillon par la répétition. Une nouvelle empreinte dans le corps. Et de façon différente à chaque fois. La même empreinte, mais différente.
Encore une impression paradoxale, si précieuse dans la pratique du Yoga.
Quand mes jambes se sont levées hier, j’étais dehors, le Mistral soufflait fort.
Les odeurs de Garrigue commencent à être puissante à cette époque. J’avais la sensation, dans cette posture, d’appartenir plus que jamais à ces pins penchés gorgés de sève. L’odeur de la sève des pins…
Les pieds vers le ciel, suis je finalement plus proche du ciel que debout?
La tête lourde peut se déposer, les cervicales peuvent être étirées sans force, le cerveau ne cherche plus à atteindre les cieux, Dieu si je peux m’exprimer ainsi… Il l’accueille d’une certaine façon. Il retrouve son humilité, il est irrigué, nourri. Par ce qui descend du ciel sur la terre, par ce qui monte de la terre vers le ciel.
Le canal puissant s’ouvre dans la colonne vertébrale.
Le bassin se redresse dans toute la puissance des muscles.
Ashvini Mudra, l’aspiration légère de l’anus affine et donne cette puissance à la colonne vertébrale pour se redresser. Le plancher pelvien remonte, aspiré dans le bassin. L'énergie remonte du bassin aux cervicales, aidée par l’inversion.
La Kundalini dans Sushumna.
Je me sens alors aspirée toute entière vers le ciel. Comme si j’allais quitter le sol. L'irrigation est puissante. Le diaphragme se détend de plus en plus. Il est une coupe, un graal, il reçoit les viscères. Comme la plante des pieds, comme le crâne, le plancher pelvien, il reçoit, il accueille. La coupe se remplit. D’un flux, d’un élixir. Tout se ralentit autour de moi. Le vent semble cesser, il est pourtant encore présent.
Il y a une vie dedans qui se retire, qui accueille. Je vis intensément cette exquise suspension malgré l’effort musculaire. Je ne vous cache pas qu’une partie de moi jubile, émerveillée, remercie un peu tout à la fois pendant un moment. Et puis, revient au centre. Car pour creuser le sillon, il faut oeuvrer au silence. Le trésor est là. Le temps n’existe plus, l’effort est minime presque inexistant, la posture est juste pour moi. J’habite la posture et elle me révèle tout ce que je sais, sans les mots, efface tout ce qui est superflu. Il n’y a plus que le souffle et le canal.
Au retour
Rien n’est pareil
les couleurs, les sons, les odeurs
Proches et lointaines
Je resterai un moment assise
Vidée, remplie.
Avec une gratitude infinie.